Comment ne pas oublier ? Le curé de Saint-Eustache passe commande d’une œuvre en hommage aux victimes du sida et à leurs familles.
En 2005, Gérard Bénéteau, curé de Saint-Eustache et ancien Supérieur Général de l’Oratoire de France, souhaite donner la parole aux mères des victimes du sida qu’il a côtoyées dans son rôle d’accompagnant de malades et de leurs proches, dans les années 1990. Il projette de créer un temps de rencontre et d’échange entre huit mères et une ou un artiste. Au cœur de sa demande s’exprime une forte volonté de ne pas oublier les drames que les familles ont traversés souvent pendant plusieurs années.
À partir des confidences de ces huit mères rencontrées individuellement, l’artiste Christophe Huysman propose de réaliser une composition musicale conçue comme un stabat mater, un chant liturgique sur la douleur de la vierge assistant à la crucifixion de Jésus. Cette composition est présentée sous forme d’installation dans l’église Saint-Eustache le 1er décembre 2005, à l’occasion de la Journée nationale de lutte contre le sida et dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. Elle prend la forme d’un parcours sonore vers huit constellations, transformant l’espace en lieu de mémoire collectif et personnel.
Trois moments sont proposés aux spectatrices et spectateurs dans Saint-Eustache : le temps des murmures, interrompu par un événement – la chanson « au cou tordu » –, puis vient le temps de circulation dans l’église où les murs semblent nous parler. Le texte est publié en 2006 aux Presses du réel sous le titre 8 poèmes.
« 7
La vie
je la sais belle somptueuse
J’ai le privilège de la déguster
elle est partout sur les murs le macadam les lumières
et le flot allégé des hommes
la nuit elle est somptueuse
La voir la perdre
Par chaque pore chaque pli abandonné
je l’aime qu’elle m’aime
elle doit m’aimer »
Extrait de 8 poèmes



