À École élémentaire Pierre Budin, des élèves et l’équipe pédagogique engagent une commande artistique pour transformer la sonnerie de l’école en une œuvre sonore.
Située dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris, l’école s’inscrit dans une dynamique de projets artistiques impliquant directement les élèves. Dans ce contexte, la sonnerie — signal quotidien, à la fois attendu et redouté — devient le point de départ d’une réflexion sur les émotions et les imaginaires liés aux temps scolaires.
Réunies et réunis autour de cette idée, les commanditaires souhaitent remplacer la sonnerie existante par une création issue des paroles des élèves. La demande porte sur une œuvre capable de transformer ce repère fonctionnel en une expérience sensible, en s’appuyant sur leurs expressions et leurs perceptions de l’entrée et de la sortie de classe.
Les artistes David Brognon et Stéphanie Rollin conçoivent Train Your Bird to Talk, une œuvre sonore composée de 17 phrases imaginées par les élèves puis traduites en silbo, langue sifflée de l’île de La Gomera. Interprétées par un siffleur et synchronisées pour remplacer les sonneries quotidiennes, ces phrases instaurent un langage singulier, à la croisée de la traduction, de la mémoire et de l’imaginaire collectif.
“Nous avons choisi de remplacer la sonnerie stridente de l’école par des sifflements humains. Nous avons demandé aux élèves ce qu’évoquaient pour eux l’entrée et la sortie des cours. Ils ont ensuite transcrit ces émotions en expressions. Cela a donné « C’est l’heure de jouer », « A table ! », « Youpi c’est fini ! » ou « Le travail nous attend ! ». Des phrases que nous avons traduites et fait siffler en Silbo. L’île de la Gomera située dans l’archipel des Canaries possède un des derniers langages sifflés au monde : le Silbo Gomero. Comme sur toutes les îles Canaries, les oiseaux y sont omniprésents : les fameux canaris domestiqués que l’on entend là-bas aussi bien dans les villes que dans les forêts. Le Silbo est un langage sifflé qui se confond avec le langage des oiseaux de l’île, adapté pour communiquer de vallée en vallée et faciliter la survie dans un environnement très particulier. Les habitants l’ont développé au point de lui donner une grande complexité technique et un raffinement esthétique. Le Silbo est devenu un langage quasi musical, légué de génération en génération, aujourd’hui reconnu patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Nous avons composé 17 phrases avec des élèves de 6 à 11 ans, traduites en espagnol, sifflées en Silbo par Juan Manuel Chinea García, professeur de Silbo puis synchronisées pour remplacer les 17 sonneries quotidiennes qui rythment chaque journée de l’école. » David Brognon et Stéphanie Rollin
