En 2011, des membres de l’association Travesías passent commande d’une œuvre d’art autour de la question de la transmission des cultures et des savoirs acquis des grands-mères à leurs petits-enfants.
Travesías a pour but d’établir, à partir de la Bretagne, un réseau d’accueil international de création et d’échanges pour les artistes, les théoriciennes, théoriciens, écrivaines et les écrivains. Ayant tissé petit à petit un réseau de femmes immigrées de longue date en Bretagne, l’association travaille depuis 2010 sur les récits de quelques-unes d’entre elles. Certaines d’entre elles ayant immigré en Bretagne dans les années 1960-1980 pour suivre leur mari, pour échapper à la répression politique ou par choix personnel, elles sont aujourd’hui grands-mères, coupées de leurs racines pour beaucoup d’entre elles. Que peuvent-elles transmettre à leurs petits-enfants comme souvenirs de leur propre enfance ? Leur situation fait également écho à ce qui s’est passé en Bretagne : la rupture avec la langue qui a empêché des grands-parents bretonnants de communiquer avec leurs petits-enfants.
Eternal Network leur a proposé de travailler avec la chorégraphe Pascale Houbin qui, depuis une vingtaine d’années, a mis la langue des signes au cœur de sa démarche. Devant la potentielle barrière de la langue entre les aînées et les petits, Pascale Houbin a proposé de réaliser un film sur la transmission des gestes, vecteurs de cultures, de traditions, de savoir‐faire, mais aussi tout simplement d’actions quotidiennes.
De décembre 2011 à janvier 2013, la chorégraphe a rencontré une quinzaine de grands-mères, issues d’origines diversifiées (Brésil, Madagascar, Pérou, Cambodge, Afghanistan, Congo…). Au cours de simples rencontres lors de repas conviviaux et de séances de pratique chorégraphique à l’Opéra de Rennes et au Musée de la danse, elles ont cherché les gestes enfouis dans leurs corps et ont expérimenté ensemble de les faire surgir : « Le Geste exilé sera un témoignage poétique de ce déroulé infini des gestes quotidiens – gestes qui, pleinement habités par les grands, vont se transmettre aux petits ; gestes qui, riches d’humanité, font accéder à un espace relationnel » (Extrait de la note d’intention de Pascale Houbin, octobre 2012)




