Depuis l’Antiquité, les montagnes cantaliennes ont rythmé la vie des agriculteurs, offrant des pâturages d’estive à leurs troupeaux. Pendant quatre mois, des buronniers, âgés de 12 à 70 ans, veillaient sur les bêtes et la fabrication du fromage dans un cadre grandiose mais hostile. Aujourd’hui, cette économie pastorale a disparu, emportant avec elle un pan essentiel de la vie sociale et économique locale.
Porté par Jean-Paul Soubeyre, agriculteur, ce projet vise à rendre hommage aux buronniers, figures emblématiques des terres d’estive. Soutenu par la commune de Pailherols et l’association Sauvegarde des burons du Cantal, il s’agit d’un acte de reconnaissance envers ces hommes qui ont façonné l’identité du territoire
L’artiste Camille Henrot a été invitée à créer une œuvre contemporaine qui témoigne du lien indéfectible entre l’homme, l’animal et le paysage, sans tomber dans le piège du monument ou du folklore. L’enjeu était de célébrer une histoire humaine forte, tout en l’inscrivant dans la continuité de l’agropastoralisme universel.
À l’entrée du village, dans un jardin clos, Le Vestiaire du berger marque le point de départ symbolique d’une montée aux estives. Des formes évocatrices d’objets familiers rappellent l’univers et le travail du buronnier. Le Vestiaire souligne l’absence d’usage de ces objets traditionnels comme la possibilité que cet état soit temporaire. Invitation à l’itinérance, l’œuvre Ma montagne se déploie ensuite dans le paysage le long d’un chemin de randonnée. L’artiste a créé une quarantaine de sculptures inspirées de la claie mobile qu’utilisaient les vachers pour parquer leur troupeau. Leurs formes rappellent les trigrammes du Yi-King (Livre des transformations) dont les soixante-quatre combinaisons permettent de décrire les états du monde et leur évolution. D’espace clos, le parc de sculptures devient ici comme une constellation qui nous renvoie à l’infini. De couleur blanche, les claies se fondent dans le paysage enneigé en hiver, pour reparaître à chaque printemps.











